Wikilynca, l’artiste en devenir !

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Là-bas, un œil me toise. Ici, une feuille. Ici encore, je ne pourrais dire, mais cette forme m’est familière. Étrange et familier. Peuple de la pensée, de l’imagination : ce ne sont que des formes, des formes contourées, des formes dépliées, déployées — en un mot : expliquées. Ce n’est pas Goya, ni Redon, ni encore tout autre : le centre n’est pas là. Ce n’est pas à proprement parler contemporain non plus : ce fut toujours là, latent, dans sa tête, dans la mienne. Ce schématisme a un autre milieu : le sien. Son esthétique est immanente, et pourtant elle frappe en ce qu’elle est familière à l’autre. C’est une immanence que l’on retrouve ; que chacun sent. Car ces œuvres sont leur milieux, et donc, dé-centrées, n’étant rien de déjà vu et ayant toujours été là, elle s’explique d’elles-mêmes, se déploient depuis leur centre, depuis leurs centres, dans leur milieu propre — en s’y adaptant et s’y modelant. Ici, l’explication des formes de l’imagination suit la courbe d’une chaussure ; là, elle part du centre d’une toile ; partout elle fait sienne sa matière, et la transfigure par son imagination. C’est une loupe ; un verre grossissant, qui exprime ce que nous faisons, mais de façon explicite, très détourée. Notre imagination fait sienne les matières, y inculque des formes et façonne son milieu ; fait de son environnement un milieu — mieux, un monde. Voilà en définitive ce que fait l’artiste, ce que fait Wikilynka : exprimant son monde, il rend explicite la façon dont notre imagination façonne son monde, la forme par ses formes fantaisistes ; il crée des mondes — et surtout, il rend visible cet acte créateur… Ce en quoi il fait plus que le Dieu chrétien ! Wikilynka déplie, explique, ne voile pas. Cette esthétique est, elle, proprement moderne. Nous vivions dans un monde de signes, de voiles — ce qui était d’une grande beauté ; il n’est que de lire Proust. Nous sommes aujourd’hui dans un monde où tout est dit, tout est montré, tout est public : la publicité triomphe. Mais il reste des signes ; il nous reste ces habitants de l’imagination, ces formes. Voilà ce qui nous est expliqué ici ; voilà la leçon que nous pouvons en tirer : l’artiste du XXIeme siècle peut faire sentir poétiquement ce résidu d’irréalité dans une époque dé-poétisé, transparente, libérale dans le réalisme. Car il nous reste les formes, dussent-elles se plier au matériau moderne comme à la chaussure moderne. Cet art est l’art des formes dans la modernité ; voilà un des nouveaux bastions artistiques. Texte : T. Gady

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